Impact du digital sur la médecine personnalisée

La médecine personnalisée offre de nouvelles approches pour optimiser la prise en charge des patients. Le digital apporte de nouvelles solutions pour développer des thérapies efficaces. Analyse de cette tendance.

La notion de médecine personnalisée est de plus en plus évoquée dans le monde de la santé. L’e-santé apparaît aujourd’hui comme un levier important pour développer cette nouvelle approche.

La médecine personnalisée consiste à adapter les traitements en fonction des caractéristiques des patients et de leurs maladies. Il s’agit d’anticiper, grâce à un test diagnostic sur les patients, ceux pour qui le traitement serait le plus bénéfique et à quelles conditions, et ceux pour qui il ne le serait pas.

Avantage pour le patient : un traitement sur-mesure et non plus standard, déterminé selon son profil génétique et environnemental permettant une efficacité renforcée et une baisse des effets indésirables.

 

Crédit : Pixabay® / Geralt

 

Aujourd’hui, la médecine personnalisée est principalement utilisée dans les traitements contre le cancer. Chaque cancer a une composition génétique qui lui est propre. Certaines de ces différences génétiques sont les « moteurs » de la croissance des tumeurs. Le principe de la médecine personnalisée est de traiter en ciblant ces différences génétiques spécifiques qui causent le développement et l’évolution d’un cancer. Grâce aux technologies avancées qui servent à l’étude du cancer, il est maintenant possible d’établir la composition génétique de chaque cancer et d’essayer ensuite de trouver un médicament qui cible précisément les différences génétiques qu’il contient (1).

En France, la médecine personnalisée se développe depuis 1988 avec différentes étapes clés :

Médecine personnalisée : vers une santé à la carte ? – PwC France, 2016

 

Au cœur des stratégies R&D des laboratoires

La médecine personnalisée s’apparente à la mise en place d’une stratégie globale au service du parcours de vie. Au-delà de l’intérêt pour le professionnel de santé dans la prise en charge de son patient, elle représente un enjeu important pour les industriels, notamment les laboratoires pharmaceutiques dont le modèle traditionnel de R&D se transforme.

La médecine personnalisée permet de diagnostiquer précisément les pathologies dont souffrent les patients et leurs nuances, afin de fournir les traitements les plus adaptés. Pour développer cette forme de médecine, les laboratoires s’intéressent notamment à la génomique. Cette discipline vise à identifier de nouveaux gènes, leurs altérations potentielles, et à séquencer les molécules d’ADN. Ces données sont collectées, analysées et comparées grâce à des algorithmes. Une solution pour diagnostiquer ou connaître les détails des pathologies de façon précoce (2).

Au sein de ses départements R&D, l’industrie pharmaceutique investit dans de nouvelles technologies et méthodes : techniques de séquençages, plateformes d’analyses ou encore bio-informatique (association de la biologie moléculaire, de l’informatique, des mathématiques et de la physique).

Certains laboratoires vont plus loin avec le développement d’infrastructures dédiées à la santé numérique. On peut citer l’exemple de Merck & Co qui a créé en 2017 une nouvelle infrastructure dédiée aux technologies d’information, avec 3 sites dans le New Jersey (Etats-Unis), la République Tchèque et Singapour. L’objectif de ces centres est de collecter des métadonnées et construire des plateformes dédiées à la médecine personnalisée.

Le modèle traditionnel de R&D, consistant à développer seul un médicament chimique, montre ses limites : très long, très cher, très incertain. L’ère des médicaments biologiques, co-conçus en partenariats (start-ups, GAFA, acteurs publics…) représente la voie d’avenir.

Les partenariats des laboratoires pharmaceutiques se sont multipliés. Quelques exemples :

  • Pfizer a signé un partenariat avec IBM Watson pour avancer dans la découverte de traitements en immuno-oncologie.
  • Novartis a passé un accord avec la startup Cota Healthcare pour utiliser sa plateforme cloud offrant des outils d’analyse de données. Objectif : améliorer les effets de ses médicaments sur les cancers du sein, en peaufinant ses connaissances sur les facteurs cliniques variables des patients.
  • Roche a passé le plus important partenariat de ces dernières années dans la médecine de précision : un investissement d’un milliard de dollars pour accéder à la plateforme de Blueprint, qui compare des profils génomiques de patients pour déterminer quel inhibiteur de kinase (un enzyme dont le développement peut être responsable de cancers) est le mieux adapté à leur cas.
  • Regeneron s’est associée à Geisinger Health System, une société américaine apportant des solutions en santé numérique : variants génétiques de plus de 50.000 patients pour détecter des mutations génétiques risquant d’entraîner des cancers ou des maladies cardiovasculaires ont été étudiés.

 

Des avancées technologiques pour favoriser le déploiement de la médecine personnalisée

Plusieurs technologies émergent dans le monde de la santé apportant de nouvelles solutions notamment pour la prise en charge des patients.

Les mega données analysées via le big data contribuent à développer des traitements personnalisés avec une connaissance plus fine de leur fonctionnement et donc des comportements à adopter pour les patients. De leur côté, les praticiens peuvent accéder à des données mesurables, précises et contextualisées pour travailler de manière plus autonome et optimiser les diagnostics.

Exemple avec le projet Consore, développé par Unicancer. La quantité de données accumulées chaque jour dans les Centres hospitaliers recèle des informations essentielles pour accroître notre connaissance du cancer : fréquence des effets secondaires, efficacité des médicaments en vie réelle, résistance de certains patients aux traitements, etc. Pour exploiter ces données afin de faire avancer la recherche et améliorer les soins en cancérologie, Unicancer a construit un moteur de recherche puissant capable de retrouver des informations disséminées dans le texte de centaines de milliers de dossiers des patients des Centres de lutte contre le cancer.

https://vimeo.com/247811033

Les jumeaux numériques apportent également de nouvelles perspectives notamment dans la recherche et le développement de médicaments. Cette technologie permet notamment :

  • d’accélérer le développement des traitements
  • d’individualiser les traitements par typologie de patients voire même à l’individu
  • de réduire les coûts de recherche
  • de limiter les essais sur l’homme et sur l’animal : passage d’essais in vivo à des essais in silico

Autre technologie : le bioprinting. Il s’agit d’une technologie qui consiste à imprimer des tissus vivants par des approches d’impression 3D. Aujourd’hui, des expérimentations ont permis d’imprimer des organes ouvrant la voie à une médecine individualisée.

Plusieurs usages du bioprinting sont aujourd’hui identifiés :

  • reproduction de la physiologie de tissus humains pour tester de manière plus prédictive des molécules, ingrédients, candidats médicaments… et réduire ainsi le recours à l’expérimentation animale
  • développement de solutions thérapeutiques personnalisées pour résoudre les problèmes de rejets
  • en matière de médecine régénératrice, mise au point de greffons artificiels (de cornée, de peau…)

A titre d’exemple, la société de biotechnologie BIOLIFE4D a réussi à créer un micro-coeur humain, grâce à la technologie de bio-impression 3D. Objectif : créer un traitement personnalisé à partir des cellules de la personne malade, éliminant ainsi les risques de rejet.

https://vimeo.com/316848296

 

La médecine personnalisée connaît un nouvel essor avec l’apport des nouvelles technologies qui permettent d’optimiser la recherche et la prise en charge des patients. Le digital, via le big data, les jumeaux numériques ou le bioprinting offre de belles promesses pour le déploiement de ces nouvelles approches individualisées.

 

(1) Médecine personnalisée : transformer le traitement du cancer – Société Canadienne du Cancer – Mai 2017

(2) Ethique et E-santé, rapport d’études pour le Codeem – Buzz E-santé – Janvier 2019

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